Tourner autour de ces statues, vagabonder parmi elles, caresser du regard la sensualité de leurs courbes, c’est commencer à sentir ce que Janine Bellarbre a dissimulé en chacune d’elles.
Sur ces morceaux de nature, le sculpteur a façonné des instants, ces instants où l’être se meut, s’endort, s’agace, disparaît en lui-même.
A la différence de Camille Claudel, où l’on sent poindre dans chaque angle la passion meurtrière, Janine Bellarbre laisse jaillir dans la volupté des formes, une certaine aspiration au bonheur.
Elle pétrit enroule la matière sans chercher le déséquilibre ; ses statues ne chancellent pas, elles posent au contraire et contemplent avec le spectateur l’instant qui s’écoule devant nous.
Dans ce travail du volume, ce sont les visages dans leur entier qui frappent l’attention. Les figures aux traits négroïdes surprennent et tranchent sur le reste du corps, par leur finesse et leur brutalité primitive.
Y aurait-il une âme noire qui se dégagerait de ces statues ?
Si tant est qu’elle le soit, cette âme est avant tout celle d’une femme, attendu que Janine Bellarbre modèle la terre glaise pour dégager des linéaments sensuels et maternels, le féminin de l’être. Cette féminité exacerbée transparaît des postures alanguies, de ces poitrines tendues que l’on croirait prêtes à allaiter l’être qui manque à cette matière, devenue elle aussi maternelle.
L’une des richesses de ces sculptures est évidemment le syncrétisme de ces êtres. Janine Bellarbre fait fusionner l’Occident et l’Afrique pour tendre vers un métissage de la beauté.
Cette recherche esthétique se fonde sur un désir d’évasion.
Ainsi, les yeux sculptés ne regardent ni le ciel ni le sol, il n’y a en eux aucun appel, aucune provocation du destin, ils sont à hauteur d’horizon, ou quand ils ne daignent pas regarder les jeunes filles qui se pâment, ils semblent nous observer à distance.
Postés dans une réalité rêvée, les corps de Janine Bellarbre frémissent d’émotion, tressaillent sous la pudeur de leur nudité, se replient, s’évadent d’un mouvement de jambes, sans pourtant s’enfuir.
D’où vient cette pesanteur, l’impuissance de ces êtres à se dégager, à s’envoler réellement ? Y aurait-il un lien, un cordon imperceptible qui les retiendrait à terre ? Janine Bellarbre appréhenderait-elle de se séparer physiquement de ses créatures au point de préférer au combat avec la pierre, le modelage indéfectible et maternel de la terre glaise ?
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